Mon cher papa (tel tu nous l’as appris), avec mon plus profond respect, je me permets le « tu », puisque j’estime que nous nous connaissons il y a un moment maintenant. Je ne sais vraiment par où commencer tant il y a de choses que je dois te dire. Mais je vais faire bref, car je sais que les affaires de l’Etat te réclament.

Il a près d’une décennie maintenant, tu es entré dans nos vies. Sans te mentir, nous ne te connaissions pas, et tu étais venu sans nous avertir, mais nous (mes autres frères, sœurs, oncles, tantes, cousines, grands-parents…et moi) avions accepté de te recevoir. Tu étais venu à un moment crucial de notre existence, et puisque nous avions décidé de rompre avec un certain système, nous t’avions reçu à bras ouverts. Nous avions cru que tu serais ce Messie, qui comme le Christ, nous délivrerait des mains du mal. Mais visiblement, nous nous étions trompés.

Tu sais, lorsque j’ai eu mes 18 ans, ma mère (biologique) m’a donné 3 précieux conseils. Elle m’a dit ceci. Fiston, te voilà arrivé à l’âge de la maturité légale. A partir de cet instant, sache que tous que les pas que tu poseras, doivent concourir à ton honneur, et à travers toi, à notre honneur. Je sais que tu veux être heureux. Et pour cela, tu dois éviter: 1) à tout prix, d’’épouser deux femmes et plus (çà, elle y tient plus que tout), 2) de te mêler à des affaires douteuses, et 3) de faire de la politique (car pour ma mère, la politique, c’’est pour les personnes sans foi ni loi). Mais ce qu’’elle a oublié, c’’est qu’’on peut faire de la politique sans être politicien. Je n’’ai pas d’’appartenance politique, je ne participe à aucun mouvement ou rencontre politiques, je ne suis candidat à rien (comme tu l’’avais dit entre-temps), mais je suis un homo politikos, dans la mesure où la politique que je fais, est celle de dire ce que je pense pour le bien de la cité, pour une bonne gestion de la chose publique.

Tu sais, mon bon papa, nous avons placé en toi notre salut. Tu l’’avais dit toi-même que tu étais l’’intrus qui connaissait la maison. Tu nous avais même fait de nombreuses promesses que tu n’’as plus respectées une fois que nous t’’avions fait confiance. Tu avais dit que tu ne composerais avec aucun de nos anciens oncles et tantes qui avaient travaillé avec tes prédécesseurs, mais aujourd’hui’ nous avons vu que tu n’’as pas vraiment tenu parole. Tu n’’as pas su t’’entourer des personnes qu’’il fallait. Nombreux sont tes projets qui sont morts avant même d’’avoir été lancés. Beaucoup au sein de ton entourage t’’ont mal conseillé. Mais devant ton peuple, c’est toi qui escoupable, car comme le dit le proverbe, il n’’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Tu n’’as pas su te débarrasser de l’’ivraie et il a contaminé le bon grain.

Cher bon papa, en tant que fils d’’anciens paysans, je pensais que tu aurais pu savoir les véritables problèmes dont souffrait notre agriculture, mais apparemment ça n’a pas été toujours le cas. La majorité de tes politiques agricoles ont échoué parce qu’’elles n’ont pas véritablement pris en compte tous les paramètres propres à notre pays. Toi-même en tant qu’’économiste, tu sais que notre port est la principale source d’’entrée de devises dans notre pays, mais à vouloir tout contrôler, le port a été asphyxié par les nombreuses mauvaises décisions que tes fidèles compagnons t’’ont amené à prendre. Tu as lancé de nombreux chantiers qui au final ont donné raison au proverbe ‘’ »Qui embrasse trop, mal étreint »‘’. Puis, tu es venu voir les femmes avec la litanie du « Vous êtes belles », ce qui t’’a encore permis d’’avoir leurs votes pour le premier K.O historique dans l’’histoire électorale notre pays. Il y a eu beaucoup d’’autres situations, d’’autres épisodes dans de nombreux autres secteurs qui franchement, te font apparaître comme le loup dans ‘’Le petit chaperon rouge‘’.

Je ne dirai pas que tout ce que tu as fait pour nous est mauvais. Loin de là. Tu nous as permis d’’avoir deux toboggans géants dans Cotonou, des routes à ne pas en finir dans tout le pays, de nombreuses écoles et centres de santé construits notamment par le génie militaire, de nombreux centres universitaires un peu partout dans le pays, le Régime d’’assurance maladie universelle (même s’’il n’’a pas encore véritablement fait ses preuves), le Projet village du millénaire (avec Banikoara comme ville-pilote), le milliard culturel, le microcrédit aux plus pauvres avec le Fonds national de la microfinance, l’électrification rurale, l’emploi des jeunes avec le FNPEEJ et l’ANPE, la relance du trafic ferroviaire, l’aménagement du territoire, et beaucoup d’‘autres réalisations avec l’’aide de nos amis africains, français, américains, russes, et bien sûr chinois.

Mais, mon bon papa, le devoir d’’un fils envers son père est de toujours lui dire quand ça ne va pas pour qu’’il puisse redresser le tir. C’’est pour cette raison que je t’’écris cette lettre; juste pour te dire que tu nous as beaucoup déçus. Aucun de tes prédécesseurs n’’a jamais autant trahi notre confiance. Mais, comme mes autres frères et moi sommes assez pacifiques, nous ne t’’en tiendrons pas rigueur. Le vin est tiré, il faut le boire. Et ce vin, on le buvait depuis exactement neuf ans maintenant. Aujourd’hui, 6 avril 2015, il te reste un an. Le seul conseil que je puisse te donner, avec mon plus profond respect, et toute ma déférence pour que tu puisses marquer l’’histoire de notre pays à tout jamais, c’’est de passer la main au soir du 6 avril 2016. Fais-le et tu gagneras plus que jamais le cœur de tous tes bons enfants que nous sommes car tu auras contribué à la sauvegarde des acquis de notre démocratie, ce que nous n’oublierons jamais, je peux te le promettre.

Cher bon papa, je te remercie !

Ton fils (mécontent) !