On y est. C’est le grand départ ! Il n’est jamais facile de quitter la terre de ses aïeuls, de se séparer de cette chaleur familiale si particulière à l’Afrique, le continent-mère. Et pourtant, voilà le jeune Laté qui s’apprête à se lancer. Il va continuer ses études supérieures. Comme la devise des Jeux Olympiques, il va s’élancer pour aller plus vite et plus haut pour revenir plus fort. Mais avant, retournons en arrière un instant. Oui, juste un moment pour rappeler les circonstances de cet éloignement de ces terres, celles-là même qui ont forgé ce qu’il est aujourd’hui.

Décembre 2014 : L’université Senghor d’Alexandrie vient de lancer son concours de recrutement de la promotion 2015-2017, pour son Master en Développement. L’information que le jeune Laté attendait était maintenant disponible. Deux ans se sont écoulés depuis son premier essai d’intégrer le prestigieux campus. Deux années pendant lesquelles, il s’était préparé comme cela se doit. Soutenu par son ami de toujours, le Tché Tyromex, lui-même ancien pensionnaire de la forteresse francophone, Laté décide de se présenter. Il se mit alors à remplir le formulaire d’inscription. Janvier 2015 : Vendredi 09, 17h48 min, Inscription validée. Laté venait ainsi de franchir le premier palier du long périple devant le conduire à Alexandrie, la ville où jadis, le savoir était né. Oui, Alexandrie et sa corniche, l’une des plus belles au monde, sa bibliothèque et son fameux phare, qui reste encore aujourd’hui, l’une des plus belles merveilles du monde antique. Mars 2015 : L’épreuve écrite. Plus de 500 candidats béninois avaient été invités à plancher sur un sujet unique relatif à la filière choisie. Naturellement, Laté n’était pas inquiet. Avec son expérience du concours de 2013 et sa préparation psycho-intellectuelle, il alla composer. Sérénité et confiance en soi, étaient les mots d’ordre. Le sujet, dans son ensemble aussi, était très abordable. Une fois le test passé, tous les regards étaient tournés vers l’épreuve orale. Avril 2015 : L’épreuve orale qui s’est déroulée à l’Hôtel du Port de Cotonou a été encore plus relax que l’écrit. La fraîcheur du matin et calme du cadre imprimaient déjà tout le sérieux avec lequel l’entretien sera réalisé. Face à l’examinateur, il ne trembla point. Sans trop discourir, il présenta son projet professionnel et échangea même quelques sourires avec ce dernier. Le plus dur était fait. Il fallait donc attendre les résultats définitifs. Boursier ou Non Boursier, tel était le sort qui l’attendait. Les jours passèrent, les semaines défilèrent. Aucune réponse de l’Université. Jamais l’attente d’une nouvelle n’a été si longue pour les candidats ayant franchi l’étape écrite du concours. Mardi 23 Juin 2015, 13h35min. Un coup d’œil rapide à sa boîte e-mail et enfin un courriel de l’université. Son cœur se mit à battre la chamade. Un remix d’il y a deux ans (où il avait réussi l’écrit et recalé à l’oral) ? Une peur qui ne dit point son nom, le parcourut. Un léger frisson le traversa. Un instant, il retint son souffle. Pour tenter d’amoindrir le choc, il décida de lire d’autres mails reçus avant d’y revenir un peu plus tard. Mais, rien n’y fit. La tentation était forte. Brusquement, sans ménagement, il cliqua sur le fameux courriel qui mit un temps avant de s’ouvrir. Présage de mauvaise nouvelle ? Sûrement pas, espéra-t-il. Et de voir le sourire sur son visage. Oui, la nouvelle était bonne. Il venait d’être admis en tant qu’étudiant boursier au titre de la XVème promotion de l’Université Senghor, Opérateur direct de la Francophonie.

Il n’y avait plus un seul instant à perdre. Après avoir partagé la nouvelle avec ses parents, Laté se mit rapidement dans les courses pour préparer son voyage en terre pharaonique. Paiements des frais d’inscription, réception du contrat d’admission, préparation des dossiers à présenter dès l’arrivée en Egypte, demande de visa, etc… Tout y passa. Avant même de quitter son pays, Laté sentait déjà l’air de Senghor envahir son espace vital ! Les derniers jours précédant son départ, c’était l’euphorie totale. Les marchés de Cotonou étaient devenus son nouveau « chez lui », tellement il les avais assiégés. Puis, vint le jour. Valises bouclées et cadenassées ; Passeport et Visa bien au chaud dans son sac. Le billet d’avion qu’il avait acquis deux mois plus tôt aussi était au RDV.

Mercredi 09 Septembre, Jour tant attendu. – La veille, il avait fini de régler les derniers détails par rapport à ses activités à Cotonou avec ses collaborateurs. Il pouvait donc partir serein, de cette sérénité qui caractérise les grands hommes. – La dernière vérification des valises. Ah oui, je ne sais pas si vous le saviez, mais en Afrique, quand un enfant veut voyager, c’est avec les provisions de toute une décennie. Et pour ça, faites confiance à nos mamans. Rien ne manquera dans votre valise. Des ingrédients culinaires aux produits alimentaires dont vous n’êtes pas sûr de vous accommoder dans votre nouveau pays d’adoption, tout y passera. Ne cherchez même pas à vous opposer à ce qu’elles décident de mettre telles ou telles choses. Nos mamans évoluent toujours dans l’optique ‘’qu’il vaut mieux en avoir et ne pas s’en servir, que de ne pas en avoir et de s’en mordre les doigts‘’, question d’expérience, me dira-t-on. Un dernier tour en ville dans la matinée, lui a permis de recevoir le Drapeau National des mains du Secrétaire Général de la Commission Nationale Permanente de la Francophonie, faisant de lui, ainsi que de ses camarades futurs senghoriens, des ambassadeurs de la notoriété et de l’image de marque que le Bénin a pu imprimer dans l’histoire de cette prestigieuse institution, reconnaissance internationale que la nouvelle promotion a promis continuer d’honorer. 16h: Tel un petit marché, la cour familiale de Laté s’est remplie, les uns et les autres, tous parés pour lui souhaiter un excellent voyage. 18h : une fois les formalités d’enregistrement effectuées, c’est l’heure du grand départ. Quelques derniers bisous et les rappels des conditions à respecter quand on vit à l’étranger (ah ça, elles ne s’en privent pas, nos chères mamans), et voilà notre jeune Senghorien qui s’embarqua pour Alexandrie, via Istanbul. Un voyage qui fut long, mais très passionnant.

A suivre…