Celui qui a dit un jour que « le cœur a ses raisons que la raison ignore », n’avait pas tort. C’est comme s’il avait prédit, des siècles auparavant, que ceci allait arriver, que dis-je, nous arriver. Avec elle, pas besoin de mots comme avec les autres. Un regard ou un sourire suffisait largement.

Je l’ai rencontré au détour d’une rue. Rue Mouffetard. Assis à la terrasse d’un pub, en train de ressasser de vieilles anecdotes de nos années collèges avec quelques amis. Elle était simple. Son teint chocolat d’Afrique, à l’allure de Nutella soigneusement conservée. Sa démarche, celle d’un guépard avant la course et le saut sur sa proie, montrait en elle, son pouvoir de grande dame… J’ai pris un moment, essayé de me souvenir. J’ai cherché d’où je pouvais la connaître. J’ai longtemps cherché dans ma tête, sans rien trouver. J’ai eu un instant de doute et de vertige, comme si le temps s’écoulait plus vite. Mon cœur battait sans cesse, et mon corps refusait de bouger. Je me rappelai seulement que Paris, ce n’était pas comme dans ce coin perdu d’Alexandrie, où le simple fait d’accoster une femme dans la rue, pouvait te valoir avec un aller simple vers Saint Léonard. Ici, c’est la liberté, l’essence même de la vie sociale. Qu’avais-je à perdre si elle refusait de me parler ? Rien. J’hésitai encore un instant… Puis, me levai. A quelques mètres d’elle, je sentis son parfum. Une fragrance qui pourrait amener toute personne à faire comme Jean-Baptiste Grenouille, mais au mieux, à l’aimer d’un amour fort, intense. Tête plongée dans son smartphone comme la plupart des jeunes parisiennes, elle faisait mine grise, comme si elle venait d’apprendre que son rdv ne viendrait plus…

Une fois à sa hauteur, je l’abordai, enfin.
–    Souris, dis-je ! Elle leva ses yeux et me regarda d’un air étonné. Cela fera ressortir ta beauté et effacera cette mauvaise mine !, terminai-je. C’est à ce moment-là que je l’observai vraiment, de plus près… Elle était belle, comme ma mère… Chevelure naturelle et longue, elle portait à merveille une robe, sobre, mais faisait quand même transparaître, des formes, digne d’une Africaine, fière de ses origines. Un mélange qui prouve, qu’on n’a pas n’a pas besoin d’avoir recours aux surcharges et aux ornements inutiles pour s’embellir.
–    On se connaît ? me demanda-t-elle, sourire aux lèvres.
–    Euh, oui ! Dans une vie antérieure, et j’espère que dans celle-ci aussi.
–    Et qu’est-ce qui vous dit que j’aimerais faire votre connaissance ? répliqua-t’elle.
–    Parce que je sais que ça te fera plaisir de m’avoir rencontré, et tu n’aurais pas gâché ta soirée, dis-je…
Et ce fameux sourire qui apparut sur son visage, ses doigts passés dans ses cheveux pour les ramener derrière son oreille, signe que je commençais à gagner la partie…

A chaque mot, qui sortait de sa bouche, je me délectais. Ainsi, pendant une bonne trentaine de minutes, nous discutâmes, rigolâmes comme de vieux potes qui s’étaient retrouvés. Sans même se connaître, nos histoires étaient semblables, nos points de vue se rejoignaient, se recoupaient. Nous partagions pratiquement la même manière de voir le monde. Pour la première fois, depuis longtemps, je me sentis bien avec une meuf. Juste en discutant avec elle, je me sentais compris. Oui, je me sentais heureux ! Comme quoi, dans la vie, le bonheur ne tient qu’à de simples choses. Un verre, un voyage, une rencontre… Rien de plus, rien de moins.
Je vous le jure, il faut la rencontrer pour la connaître. La connaître pour l’aimer. L’aimer pour demander, à Dieu, quelques jours de plus pour pouvoir vivre… Vivre une idylle avec elle !

Elle, c’était Cassandra*, ma Cassie…