Je suis à Alexandrie depuis deux semaines maintenant. Bon gré, mal gré, j’essaie de m’adapter à cette nouvelle vie très à l’opposée de mon Cotonou natal. Alexandrie, la ville qui dort le jour. Ici, le jour et la nuit sont très différents. Les gens vont et viennent à un rythme effréné. Ici, le bruit est plus fort que chez moi. Ici encore, c’est une conduite sans le respect du code de la route. C’est à croire qu’il n’y a pas d’auto-école dans la ville. A l’université, c’est encore la période des formalités administratives. Les choses avancent petitement, mais sûrement. Je prends mes premiers repères. C’est aussi les moments de rencontres, d’échanges, des premiers contacts avec cette diversité culturelle, ce melting-pot au nom duquel j’ai quitté ma ville.

Et en parlant de rencontres, j’en ai fait une. Une rencontre fortuite, mais qui au final, m’a permis de constater que je devrais me sentir chez moi dans cette nouvelle ville qui est mienne désormais. Elle s’appelait Fatma*. Ce matin-à, j’avais – pour la deuxième fois depuis mon arrivée au pays des pharaons – manqué mon bus. Rapidement, il fallait trouver un moyen pour rallier l’université à temps. Un coup d’œil rapide aux alentours et un minibus vide se profilait à quelques mètres devant moi. A peine cinq enjambées, et me voilà à bord, à ma place préférée. Blotti contre la vitre gauche, je m’en allais, mes pensées orientées vers mon pays, ma famille, mes amis. Assis à côté de moi, mon camarade et ami James, mondoblogueur. Quelques minutes plus tard, alors que l’auto s’apprêtait à prendre la route, la voilà, courant, avec sa sœur aînée. Elles finirent par trouver deux places devant nous. A Alexandrie, ce n’est pas comme à Cotonou en minibus. Chez nous, le conducteur a un assistant qui se charge de collecter les frais de transport et de les remettre à ce dernier. Ici, ce n’est pas pareil. C’est plutôt les passagers qui collectent les fonds et les remettent au chauffeur. Alors, ne me faisant pas prier, j’ai transmis un billet de 5 livres égyptiennes (monnaie locale) à la demoiselle assise devant moi, qui à son tour me remit un reliquat d’une livre. Curieuse comme la plupart de ses compatriotes (qui, pour beaucoup, n’ont vu des hommes noirs qu’à la télé), elle se retourna et demanda en anglais :

– Vous venez de quel pays ?

– Du Bénin, répondis-je, dans mon anglais approximatif. Connaissez-vous ?

– Non, pas vraiment, rétorqua-t-elle.

– C’est en Afrique de l’Ouest, à côté du Nigeria.

– Ok, dit-elle. Que faites-vous à Alexandrie ?

Et à James de répondre:

– Nous sommes ici pour les études; nous sommes étudiants à l’Université Senghor.

La discussion continua ainsi pendant un moment.Toujours avec notre anglais approximatif, nous lui avons présenté notre pays. Elle nous a invités à venir visiter la Bibliothèque d’Alexandrie où elle travaillait. Coïncidence heureuse, l’université avait programmé pour les étudiants de mon département, une visite guidée de ladite institution pour l’après-midi de cette même journée. C’était sûrement l’occasion de la revoir et de continuer la discussion entamée plus tôt la matinée.

Quatorze heures. Le bus de l’université attendait patiemment à son parking habituel. Aussitôt rempli, il démarra. Direction le quartier d’El Shatbi: la Bibliothèque d’Alexandrie, un quartier dans un quartier, avec son architecture futuriste qui démontre toute la volonté des habitants de faire de ce temple du savoir, une fenêtre du monde sur l’Egypte, un centre de tolérance et de dialogue entre les peuples et les civilisations. Une fois la visite entamée, une seule chose trottait dans ma tête. Comment faire pour retrouver Fatma, alors que le matin, je ne lui avais pas demandé ni son nom, ni une photo ? Je ne m’imaginais pas un seul instant décrire Fatma à tous ceux qui travaillaient à la bibliothèque. Les gens me prendront sûrement pour un fou. C’était donc une mission impossible. Toutefois, c’était sans compter sur dame chance (ou le destin, ou encore sur la coïncidence, je ne sais que trop). Au moment où je suivais mon groupe qui entrait dans l’un des musées de l’institution – alors que ce n’était pas prévu dans notre parcours – qui vis-je à ma grande surprise venir à ma rencontre ! Fatma. Ah oui, Fatma se tenait devant moi, avec les premiers mots (anglais) qui sortirent de sa bouche : « C’était vous ce matin dans le bus; vous êtes vraiment venus ». Elle ne s’y attendait pas du tout. J’appelai alors James qui à son tour était vraiment étonné de la revoir dans ces circonstances. Malheureusement, il fallait continuer notre visite. Nous lui avons alors promis de revenir une fois notre parcours terminé. Ce que nous avons fait vers 16 h. Elle nous a alors emmenés à la découverte des collections du musée dans lequel elle était employée. Une visite riche et très passionnante.

Comme le destin sait faire ses choses, me dis-je un instant. En tout cas, comme me le disait mon frère Tyromex, « chacun fait son expérience d’Alexandrie« . Et la mienne venait de commencer !

PS : Fatma*, un prénom fictif choisi pour préserver l’anonymat de la réelle demoiselle.